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Life/Art Interplay (Interaction vie-art) : création artistique pour la santé et l’en-corporation (embodiment) personnelles

Publié le: 2017/11/1

Écrit par : Maggie Forgeron, danseuse, éducatrice par le mouvement, praticienne en arts expressifs
(Photo : Ryan Genoe dans Blind as Night that Finds Us All de Maggie Forgeron)

Note de l’éditrice :

Lorsque les artistes de la danse commencent à considérer une carrière parallèle ou une seconde carrière, nombreux sont ceux ou celles qui cherchent à mettre en valeur leurs compétences en danse d’une autre façon, souvent dans l’objectif d’aider les autres à vivre une vie plus pleine et plus saine grâce au mouvement. Maggie Forgeron met en ce moment à profit une bourse de recyclage professionnel pour étudier la thérapie par les arts expressifs à l’Institut Tamalpa. Elle nous explique ici la philosophie qui sous-tend la méthodologie Tamalpa et nous invite à en apprendre davantage lors de son atelier du 14 janvier 2018 à Toronto. Pour voir l’invitation à l’événement, cliquer ici.



Anna Halprin, pionnière de l’art expérimental, est largement reconnue comme la « mère de la danse contemporaine ». Je suis tombée sur une vidéo d’elle donnant un atelier à Paris et je me suis sentie profondément émue quand elle s’est adressée aux participant-e-s de la manière suivante :

« Le point central de cet atelier, c’est vous, pas moi. Je ne suis qu’une facilitatrice. Je ne peux pas faire le travail pour vous. Je peux vous ouvrir la voie et vous guider dans vos expériences, mais c’est à vous de les intégrer. Votre expérience passée n’a rien à voir avec ce que nous allons faire aujourd’hui. Si vous n’avez jamais dansé de votre vie, vous allez pouvoir le faire. Si vous dansez professionnellement, vous allez, pour une fois, pouvoir prendre quelque chose, au lieu de toujours donner. »

Cette dernière phrase a provoqué en moi une véritable libération cathartique : j’ai repensé à toutes les années passées à m’entraîner, à réaliser des performances et à « produire ». Cela m’a conduit à imaginer que je n’étais certainement pas la seule à me retrouver épuisée par la rigueur de mon style de vie d’artiste. J’ai alors pensé donner une série d’ateliers pour les danseuses et danseurs cherchant à approfondir leur pratique créative, avec un accent tout particulier sur l’équilibre entre l’art et la vie.

Je danse professionnellement depuis plus de 23 ans. J’ai pour vocation de bâtir des ponts entre la vie consciente et la création artistique, et d’explorer le lien entre les expériences incroyables réalisées en studio et la vie vécue hors les murs. Je crois que cette perspective unique, que m’a donnée en premier lieu Anna Halprin, ainsi que ma formation en arts expressifs à l’Institut Tamalpa peuvent apporter une contribution significative au monde de la danse professionnelle.

Je comprends de cette pratique qu’elle commence avec le corps. Celui-ci contient le répertoire complet de nos expériences de vie. En utilisant le corps comme moyen de me connecter à la conscience, de l’approfondir ainsi que de la raffiner, je peux créer et exprimer une danse qui révèle mon sens artistique, ma relation aux autres et l’environnement dans lequel je me meus. J’espère revêtir une nouvelle personnalité : une gestation qui puisse servir à la fois à inventer, coordonner et intégrer des valeurs, des loyautés interpersonnelles et des états intrapersonnels; en travaillant à une nouvelle génération et une nouvelle genèse au sein des arts.

Nous avons besoin de renouveler les chef-fe-s de file dans le monde professionnel de l’art, afin qu’ils-elles soient capables de lâcher prise, de laisser tomber leurs programmes rigides et de croire qu’un art remarquable peut naître là où les êtres humains sont aimés. Le résultat approprié émergera d’une aventure commune, positive et affirmée. On considère cela comme la primauté des êtres sur les idées. Nous devons mettre de l’avant une approche qui provoque des changements chez les individus et au sein des systèmes sociaux, dans le but que les suiveur-euse-s deviennent des leaders de transformation. Il nous faut lancer ces mêmes artistes et opérateur-trice-s de changement dans le monde afin d’apaiser notre contexte social global, peuplé de beauté, mais aussi de menaces sans précédent.

Voici ce que j’espère inspirer grâce au projet et à la série d’ateliers Life/Art Interplay : que chacun-e d’entre nous fasse franchir à cette profession un tournant, que nous revendiquions nos propres standards et méthodes, et évaluions le risque du changement; afin de danser enfin pour nous-mêmes.

La première étape d’une série d’ateliers consistera en une introduction que je donnerai aux outils et à la méthode Tamalpa, mise en œuvre par Anna Halprin et sa fille Daria Halprin. Ce lancement aura lieu le 14 janvier à Dancemakers dans le Distillery District. Grâce à cette approche unique du mouvement et des arts expressifs, les participant-e-s exploreront la connexion entre corps, sensation et imagination, découvrant de nouvelles manières de favoriser la santé et l’en-corporation (embodiment) de leurs thématiques personnelles ainsi que de leur pratique artistique.

Ken Otter, titulaire d’un doctorat, ambassadeur Tamalpa et membre principal du corps enseignant à l’Institut, servira de guide et de facilitateur lors de l’atelier. Son enseignement me touche particulièrement et je crois qu’il porte l’esprit et le message fondamental de la filiation Tamalpa, y ajoutant sa présence charismatique, sa perspicacité, son esprit d’innovation ainsi que son expertise. Je vous encourage chaleureusement à vous joindre à nous !
 

 

À propos de l’auteure :

Huit ans après avoir commencé ma formation et mon parcours professionnel en tant que danseuse à l’École nationale de ballet du Canada, je suis tombée gravement malade et ai songé à quitter le cadre strict de ma profession. Puis j’ai lu une entrevue avec Anna Halprin intitulée « De l’art de la danse à l’art de la guérison » (Dance Magazine 2004), et un profond désir de réconciliation entre mon corps et mon environnement – et de refondation des parties non intégrées de moi-même –, tout en continuant à danser, s’est réveillé. C’est alors que j’ai décidé de me tourner vers le mouvement expressif.

L’étude d’une forme expressive et libre du mouvement s’est mue en chemin vers la guérison, au sein même des limitations et de la rigueur imposées par une carrière en ballet classique et contemporain, et d’une vie stressante d’artiste. J’ai trouvé dans cet art de la guérison des outils pour poursuivre ma carrière durant les années suivantes avec le Ballet national du Canada, le Ballet British Columbia, ainsi que le Ballet national de Mannheim. J’ai développé un amour profond pour les aspects psychologiques, scientifiques et thérapeutiques de l’exploration physique à partir de l’intérieur, et je m’en suis servie tout au long de ma carrière de scène des seize dernières années. Je dois cette résilience créative en grande partie à l’Institut Tamalpa. Ce temps de pause (temps de ressourcement, plutôt), passé en études, recherche et distanciation créative m’a permis de me rendre compte que lorsqu’une danseuse peut sortir de sa tête, aller au-delà des constructions égotiques comme l’esthétisme de la danse, et entrer plus pleinement à l’intérieur de son corps, des changements positifs et révolutionnaires peuvent bénéficier à toutes les parties prenantes, y compris la forme d’art elle-même.

Centre de ressources et transition pour danseurs (CRTD) – fondé en 1985

Soutenir les danseurs dans les diverses phases de transition, qu’ils soient en début de carrière, à mi-carrière ou en période de retrait.